8:45 - July 05, 2017
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C’était le 18 juin dernier à Fairfax, en Virginie, lorsque Nabra Hassanen, 17 ans, une jeune américaine de confession musulmane qui rentrait chez elle après s’être recueillie à la mosquée, a eu le malheur de croiser la route d’un automobiliste derrière lequel se dissimulait le plus monstrueux des assassins.
Etats-Unis : la communauté musulmane toujours traumatisée par le meurtre de Nabra
En pleine célébration du Ramadan, le destin de la jeune fille, qui croquait la vie à pleines dents, s’est brisé tragiquement aux abords d’une enceinte sacrée de l’islam, après avoir été brutalement enlevée par Darwin Martinez Torres, 22 ans, un immigré clandestin originaire du Salvador, qui a foncé droit sur sa proie.

Son corps sans vie et martyrisé a été retrouvé en fin de journée, soit plusieurs heures après sa disparition, gisant près d’un étang. Auteur d’un crime effroyable, Darwin Martinez Torres, aujourd’hui sous les verrous, a fait subir un véritable calvaire à Nabra Hassanen, laquelle aurait été violée, avant de succomber sous la pluie de coups de batte de baseball assénée avec une rage inouïe.

Horrifiées par ce meurtre atroce et hantées par les hurlements de douleur d’une mère qui a interpellé les autorités de manière déchirante « Pourquoi tuer une enfant ? En quoi ma fille méritait-elle ça ? », plusieurs éminentes personnalités de la communauté musulmane américaine ont immédiatement dénoncé un « crime abominable mû par le racisme anti-musulmans », alors que les forces de l’ordre ne privilégiaient de prime abord aucune piste.

Pour Ibrahim Hooper, le porte-parole de l’influent Conseil sur les relations américano-islamiques (CAIR), il ne fait pas l’ombre d’un doute que ce déchaînement de haine qui a culminé dans la fureur meurtrière a été provoqué par l’islamité visible de la malheureuse victime. « Vous ne pouvez pas juste dire : Oh, cela n’a rien à voir avec l’islam, ce n’est pas un crime raciste »,  a-t-il récemment martelé au micro de CBS, en déplorant grandement les atermoiements de la police.

Abondant pleinement dans son sens, Rabia Chaudry, une avocate engagée dans la défense des droits des musulmans, n’a pas mâché ses mots sur Twitter : «Si vous pensez une seule minute que son apparence n’a rien à voir avoir avec ce meurtre, vous vous mentez à vous-même», a-t-elle fustigé, tout en faisant l’amer constat que le deux poids deux mesures sévit jusque dans la qualification des crimes commis par les musulmans, accusés systématiquement de « terrorisme », alors que l’inverse n’est pas vrai…

« J’ai la désagréable impression que quand un suspect non musulman agresse ou tue des musulmans, on hésite à le classer dans la catégorie des « terroristes ». On lui trouve toujours des problèmes psychologiques ou d’alcool pour éviter de lui coller cette étiquette », a-t-elle renchéri, en appuyant là où le bât blesse.

Près de trois semaines après le drame et les funérailles émouvantes de Nabra Hassanen qui ont rassemblé près de 5 000 personnes à Sterling, en Virginie, une centaine d’Américains, musulmans et non musulmans, se sont réunis dans le jardin public de Haledon, une localité du New Jersey, afin de rendre un hommage posthume poignant à l’adolescente sauvagement assassinée.

Parrainée par l’association des femmes bangladaises américaines et l’association pour l’autonomisation des femmes musulmanes, cette veillée à la bougie à la mémoire de Nabra Hassanen a résonné des récitations de prières en anglais et en arabe, de lectures de poèmes, mais aussi de cris demandant « Justice for Nabra ».

L’inquiétude face à la propagation de l’islamophobie était palpable dans les rangs de cette assemblée profondément recueillie et bouleversée, à l’instar de Tahsina Ahmed, une élue du Conseil local d’arrondissement, qui frémit désormais à l’idée que personne n’est à l’abri de cette spirale infernale de violences. « Je suis musulmane et voilée, et cela aurait très bien pu m’arriver, à moi ou à d’autres membres de ma famille », a-t-elle déclaré, visiblement anxieuse.

Bien que voulant croire désespérément à une Amérique attachée aux droits de l’Homme, où la tolérance triomphera de la haine, la voix de Kaity Assaf, une étudiante, a néanmoins trahi une certaine angoisse quand elle a répété avec insistance, comme pour mieux s’en convaincre : « Un véritable Américain ne fait pas de discrimination basée sur la race, la religion, la couleur de peau ou le handicap ».

De son côté, Karram, son petit frère de 14 ans, est ressorti de cette veillée avec une lueur d’espoir dans les yeux, celle qu’ont fait naître en lui les bougies à la flamme vacillante d’émotion, symbolisant « l’union de toutes les religions, de toutes les différences, de tous les milieux ». « Peu importe nos différences, à l’intérieur, nous sommes tous des humains ! », s’est exclamé le jeune garçon, en ayant une pensée émue pour Nabra, seulement de trois ans son aînée, fauchée en pleine jeunesse par la haine implacable de l’altérité.
oumma

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