8:03 - December 29, 2017
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Islamologue reconnu, le père Borrmans entretint pendant plusieurs années une correspondance avec le père Christian de Chergé, prieur de Thibirine assassiné en Algérie en 1996, dans laquelle les deux hommes échangeaient sur leurs relations avec les musulmans.

 

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Le père Maurice Borrmans aura vu évoluer les relations entre chrétiens et musulmans pendant plusieurs décennies, et aura été un acteur majeur de la possibilité d’un dialogue. Ce prêtre de la Société des missionnaires d’Afrique, les « pères blancs », est mort mardi 26 décembre à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne) à 92 ans, au terme d’une vie presque tout entière consacrée à l’étude de l’islam.


Travailleur et exigeant, bon arabophone, le père Borrmans, qui s’inscrivait dans la filiation de Louis Massignon, éminent spécialiste de l’islam, laisse une œuvre considérable. Séduit par le « témoignage singulier » de Charles de Foucauld, l’ermite de Tamanrasset, Maurice Borrmans avait tout juste 20 ans lorsqu’il découvrit le monde musulman, envoyé au Maghreb pour y parfaire sa formation spirituelle et théologique, en tant que jeune « père blanc ». Ordonné prêtre en Tunisie en 1949, il y étudia ensuite l’arabe avant de poursuivre des études à Alger.


Quelques années plus tard, il commença sa carrière d’enseignant là où il avait été lui-même élève, à l’Institut des Belles Lettres Arabes de Tunis, un établissement formant les missionnaires appelés à vivre en milieu musulman, tout en exerçant différents ministères auprès des chrétiens et musulmans du pays. Puis, en 1964, cet institut fut transféré à Rome et devint rapidement l’Institut Pontifical d’Etudes arabes et d’islamologie (PISAI).


Développement du dialogue interreligieuxÀ la même époque, dans l’élan du Concile Vatican II, inaugurant une nouvelle approche des relations de l’Église avec les autres religions, le pape Paul VI créait un « secrétariat pour les non-chrétiens », qui deviendrait par la suite le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.


C’est au cours de ces années très denses que le père Borrmans fit la connaissance de Christian de Chergé, prieur de Thibirine assassiné en Algérie en 1996. Leur correspondance, particulièrement riche et empreinte d’estime réciproque, permit de faire émerger des différences de positionnement entre les deux hommes. Ainsi, le moine cistercien se fit davantage l’apôtre d’un « dialogue de vie », au cœur de l’islam. Son ancien professeur, plutôt partisan d’échanges théologiques « en vérité », n’hésitait pas à lui reprocher, parfois, une forme d’angélisme…


Dans le cadre de ses activités au PISAI, il développa aussi de nombreuses collaborations éditoriales, y compris avec des professeurs musulmans, et fut le créateur de la revue trilingue Islamo-christiana, dont il a assuré l’édition annuelle jusqu’à sa retraite, en 2004.


De l’avis de ceux qui l’ont connu, il a gardé jusqu’à la fin de sa vie son enthousiasme pour le savoir et la discussion et une attitude de « professeur bienveillant, mais exigeant ». C’est ce que souligne notamment Nicolas Ballet, journaliste au Progrès ayant longtemps travaillé sur Tibhirine. S’incluant dans les nombreuses personnes qui « doivent tant » à ce prêtre, à qui il rendait de fréquentes visites dans la maison des Pères blancs de Sainte-Foy-lès-Lyon, il salue sa « vivacité d’esprit, sa générosité, son extraordinaire érudition ».


Des positions parfois dérangeantesIntellectuel « chaleureux, humble et curieux », il marqua plusieurs générations d’islamologues, notamment français, mais pas uniquement. Ses positions dérangeaient parfois, considérées par certains comme trop sévères envers une frange de l’islam réticente à se remettre en question, mais lui avait « soif de contradiction ». « Cela lui permettait d’avancer », relève Nicolas Ballet.

Les attentats du 11 septembre 2001 puis les attaques islamistes qui ont secoué le monde occidental l’inquiétaient sans l’effrayer, et rendaient à ses yeux encore plus « urgente » la nécessité d’un dialogue.
Le président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France, Mgr Jean-Marc Aveline, évêque auxiliaire de Marseille, a salué la mémoire d’un « chercheur infatigable, travailleur acharné, professeur exigeant, homme de prière ».

la-croix

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