10:08 - July 16, 2017
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Le monument espagnol le plus célèbre dans le monde, l’Alhambra de Grenade (sud), ne cesse d’émerveiller ses visiteurs avec son architecture, son art décoratifs et la beauté des paysages qu’on peut contempler du haut de ses fortifications, devenant le symbole éternel du raffinement de la civilisation arabo-andalouse.
L’Alhambra, symbole éternel du raffinement de la civilisation arabo-andalouse

Avec la Grande Mosquée de Cordoue ou la Giralda de Séville, l’Alhambra constitue l’un des témoins des huit siècles de présence de l’Islam dans la péninsule ibérique, qui prendra fin avec la prise de Grenade par les Rois Catholiques en 1492.

Mais avant cette date, le Château Rouge (Al-Qalaâ Al-Hamra, devenue Alhambra dans la prononciation castillane) a été pendant longtemps l’épicentre du Royaume de Grenade ou Royaume nasride, dernier Etat musulman de la péninsule.

Construit sur une colline à l’est de Grenade, en face des quartiers de l’Albaicín et de l’Alcazaba et dominant la Vega (pleine fertile) de Grenade, le château-fort jouissait d’une position stratégique lui permettant de jouer des rôles multiples, à la fois résidence et centre du pouvoir des souverains nasrides en plus de centre culturel et vitrine diplomatique de ce royaume.

Les premiers documents qui font référence à l’Alhambra datent du IXe siècle, lorsqu’elle n’était qu’une simple Alcazaba relevant du califat cordouan. L’enceinte deviendra progressivement plus ample et plus peuplée sous la dynastie ziride, dont les rois établirent leur résidence à l’emplacement de l’Albaicín.

L’Alhambra, symbole éternel du raffinement de la civilisation arabo-andalouse

Devenue une forteresse militaire qui dominait toute la ville, l’Alhambra ne se transformera en résidence royale qu’au XIIIe siècle, avec l’arrivée du premier roi nasride, Muhammad ben Al-Ahamar (Muhammad Ier, 1238-1273), synonyme du début de l’âge d’or de cette ensemble architectural hors normes.

Le palais et l’enceinte fortifiée furent agrandis sous Muhammad II (1273-1302) et Muhammad III (1302-1309), mais se sont Yousouf Ier (1333-1353) et Mohammed V (1353-1391) qui impulsèrent la plupart des constructions de l’Alhambra qui ont survécu jusqu’à nos jours.

Il s’agit notamment de la rénovation de l’Alcazaba et des palais, l’agrandissement de l’enceinte fortifiée, la construction de la Porte de la Justice, l’agrandissement et la décoration des tours, la construction des bains et de la Salle de Comares, la Salle de la Barque, la Cour des Lions et plusieurs autres dépendances.

Cet ensemble monumental marque l’apogée, mais aussi la fin, d’une époque de splendeur et de raffinement architectural et artistique, commencée notamment sous le califat de Cordoue et qui s’est poursuivi sous les royaumes des taifas et sous la domination des Almoravides et des Almohades. L’art nasride s’est fortement inspiré de ces apports tout en faisant preuve de créativité, notamment dans l’art décoratif.

Les motifs décoratifs de l’Alhambra sont variés, avec une prédominance de la décoration calligraphique classique, notamment l’écriture cursive et coufique qui reproduit la devise de l’Etat nasride "La ghaliba illa Allah” (Dieu seul est vainqueur), et des poèmes de plusieurs poètes de la cour.

L’élément décoratif le plus utilisé est, dans la lignée de la tradition musulmane, le motif végétal dans les entrelacs et les réseaux de losanges. Cependant, le motif animal est également présent, notamment les célèbres statues de la Cour des Lions.

Dans son livre "L’art islamique en Espagne”, Mariam Rosser-Owen, conservatrice au Victoria & Albert Museum de Londres, relève que l’une des caractéristiques de l’architecture nasride est le contraste surprenant entre un aspect extérieur sobre et défensif, et des intérieurs pleins d’ornementations délicates.

La construction des palais de l’Alhambra, qui étaient au nombre de six à l’époque musulmane mais dont il ne reste que deux (le palais de Comares et le palais des Lions), a suivi un processus évolutif depuis les références almohades pour atteindre un style dynastique propre aux nasrides, ajoute-t-elle.

Plus de cinq siècles après la chute de Grenade, l’Alhambra continue de perpétuer la mémoire de la civilisation arabo-andalouse, présente par ailleurs dans de nombreux monuments et éléments du patrimoine immatériel des deux côtés du Détroit de Gibraltar.

L’ensemble monumental de l’Alhambra est par ailleurs le site touristique le plus visité d’Espagne, attirant en 2015 près de 2,5 millions de visiteurs.

L’importance historique, culturelle et touristique de ce monument est à l’origine d’une importante politique de restauration et de préservation menées par les autorités espagnoles depuis la création en 1914 du premier Patronage de l’Alhambra et des jardins de la Generalife.

Le site fait l’objet actuellement du Plan directeur de l’Alhambra 2007-2020, voulu comme un instrument stratégique pour "affronter les défis importants auxquels cet ensemble monumental de premier ordre doit faire face en ce 21ème siècle”, expliquent les responsables du patronage.
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